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CRITIQUES

Un certain M.Piekielny de François-Henri Désérable par Alexandre….

Un Certain M.Piekielny, n’est pas un livre qui à première vue donne envie d’être lu. L’idée de passer 250 pages sur le personnage fictif et très secondaire (3 pages dans le roman original) que M.Piekielny représente dans La promesse de l’aube (roman autobiographique de Roman Gary), n’est pas quelque chose qui au premier abord est attirant. En effet, toute l’intrigue du livre tient dans la phrase suivante : M.Piekielny a-t-il existé et si oui quelle a été sa vie ? De plus, si courageusement on arrive à passer les premières pages, on découvre un mélange sans transition entre projections et moments historiques, ce qui peut donner au roman un côté un peu brouillon, voir sans aucune organisation. De même, sujet du livre obligeant, on a parfois l’impression que l’auteur ne fait que raconter des passages de La Promesse de l’aube, ce qui est un peu décevant.
Néanmoins on comprend rapidement que la volonté de l’auteur n’est pas de nous proposer un livre ordonné et pompeux. On l’entend par un style très libéré qui n’hésite pas casser le 4eme mur mettant jusqu’à la forme des chapitres au service de l’écriture. De plus l’histoire qui nous est raconté n’est pas seulement celle d’un certain M.Piekielny, mais on navigue entre la vie de Romain Gary et celle de l’auteur lui-même, qui va jusqu’à décrire le processus littéraire qui l’a amené à écrire ce livre.
Ainsi, ce roman apparait comme un journal de bord, on est plongé dans les pensées et la réflexion de l’auteur. De plus, ce qui était au départ une intrigue sans grand intérêt devient rapidement une véritable immersion dans le processus d’écriture à la limite entre l’historique et le fictif.
J’ai globalement apprécié ce livre, le style parfois un peu lourd est vite rattrapé par un ton ironique qui redonne un peu de rythme. Et même si l’on se perd parfois entre les différentes époques, on apprécie la fidélité avec laquelle il retrace son épopée à la recherche d’un certain M.Piekielny. A lire sans a priori, surtout si vous connaissez « la promesse ».

L’ordre du Jour selon Bérénice :

« Sûr qu’il en connaissait un bout en sciences politiques lui qui avait su dire non à toutes les libertés politiques », Eric Vuillard, l’ordre du jour.
L’histoire d’un homme: Hitler et de son ascension au pouvoir. Ou plutôt non, l’histoire d’une compromission: celle des grandes familles allemandes et des dirigeants anglais et français qui ont, passivement, laissé le fou autrichien devenir le Fuhrer d’un empire. Thème banal, donc vu et revu.
Pourtant Vuillard le traite avec un point de vue intéressant, se focalisent sur quelques évènements marquants allant de 1933 à 1938, quelques personnages, quelques traits. Avec ironie, il nous montre les rouages d’une progression et d’une chute fulgurante: il nous conte l’argent qui aveugle, la peur qui rend lâche, l’adoration qui rend bête et le patriotisme courageux. Il ose et sa précision fait mouche. Néanmoins, le livre reste un peu éloigné de son lectorat: à trop vouloir prendre du recul, le romancier s’est fait journaliste. Une réserve donc mais l’ouvrage mérite d’être lu,une phrase suffira à vous en convaincre: « on va envahir l’Autriche sans le dire à personne et on va le faire par amour ».

L’art de perdre

« Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître », récite Ifren à Naïma en longeant la côte algérienne. «  J’ai perdu deux villes, deux jolies villes. Et plus vastes, des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays. Ils me manquent, mais il n’y eut pas là de désastre ». Le poème bien qu’écrit par l’américaine Elizabeth Bishop est universel. Dans son roman sélectionné pour le Prix Goncourt des lycéens, Alice Zeniter retrace le parcours d’une famille algérienne sur trois générations régie par les mots d’ordre ; «  il faut oublier l’Algérie ». Le destin de cette famille kabyle d’exploitants agricoles qui, obligée de fuir et de s’installer dans un HLM normand est illustrée magnifiquement grâce aux trois portraits d’Ali, d’Hamid et de Naïma. Des prémices de la guerre d’Algérie jusqu’à nos jours, cette fresque romanesque s’attarde autant sur les traditions et le mode de vie algériens, que sur la difficulté d’intégration dans la société française. Reflet du quotidien des milliers d’émigrants algériens arrivés dans les années soixante, le roman est rythmné autour de la question de l’identité et de l’intégration. D’un style travaillé et fluide, riche en vocabulaire, l’auteure cadence son ouvrage entre la tension grandissante de la guerre d’Algérie, l’ennui d’une adolescence dans une banlieue normande et la recherche de vérité de la petite fille et narratrice Naïma. Oeuvre complexe, teintée de longues descriptions le roman s’illustre par son style d’écriture mais les trop fréquentes interventions de la narratrice lors du récit de son père et de son grand-père coupent le rythme sur certains passages.

Lucie, Camille et Prune

Bakhita

Voici un livre qui peut encore aujourd’hui éveiller les consciences. Ce roman qui retrace la vie d’une jeune esclave soudanaise se divise en deux parties : la première parle de son expérience dans l’esclavage, et la seconde débute lorsqu’elle est affranchie par la justice.
Nous avons trouvé la première partie beaucoup plus intéressante que la seconde : les descriptions très détaillées sans être lourdes nous plongent dans le personnage de Bakhita. Nous voyons à travers ses yeux et ressentons ses sentiments et ses blessures, aussi bien physiques que morales. Elle retrace son histoire avec un réalisme frappant, sans essayer d’accentuer sa situation de victime, mais de la perspective d’une jeune fille innocente et naïve. La deuxième partie est moins intéressante de par ses thèmes abordés comme la religion, la situation de l’Italie. Elle est trop résumée alors que c’est la majeure partie de sa vie.
Ce roman a un aspect historique très important : l’esclavage au Soudan duquel on parle très peu, les deux guerres mondiales et la montée du fascisme en Italie. Il traite de la haine raciale, du racisme et de la peur de l’inconnu que Bakhita subit en Italie et qui est un sujet encore très actuel. Il peut encore amener à la réflexion sur la situation actuelle.
En général, nous avons trouvé ce livre très émouvant car d’un réalisme frappant. De plus Bakhita nous fait voyager avec elle en nous décrivant non pas les paysages, mais les mentalités et les cultures des différents endroits qu’elle va découvrir tout au long de sa vie.

Chiara et Lisa

L’Ordre du jour, Éric Vuillard

L’ordre du jour est un récit historique mettant en scène l’anschluss, narré par Éric Vuillard, qui couvre les évènements en s’appuyant sur le procès de Nuremberg. L’auteur approche ce passage historique par une mise en proue de l’aspect économique et politique, et par une conquête baignée dans l’ironie.

L’ouvrage contient de nombreuses références, qu’elles soient des lieux, entreprises, personnages, actions ou dates, condensées dans un court récit ; peut porter préjudice à la compréhension. Il ressort parfois un sentiment de frustration quant à certains aspects parfois non approfondis, ou bien lorsque l’on perd le fil rouge de la narration.

Néanmoins, la pertinence du style dans le récit introduit parfaitement les événements, les lies, et apporte une dimension littéraire ferme, à la hauteur de l’aspect historique. L’approche est dynamique, incisive, et s’impose dès les premières lignes, dans la description de notre astre mort s’étendant dans un paysage hivernal. La première action explique des vas et viens entre l’arrivée de 24 personnages, avant de laisser place à la première action. Cette scène évoque parfaitement les aléas de l’auteur et la construction de son œuvre. La précision des évènements retranscrits fait office d’annales cadencées et fait vivre des archives par leurs détails, animant des dialogues. Le travail sur les personnages les immergent dans un certain flou, et apporte une précision dans le but de les rendre risibles.

Andréa, Bérénice, Mathilde, Kim et Elise